mardi 7 octobre 2008

Souvenir de 1870


Les dossiers de demandes de la Légion d'honneur (LH/3185 à 3267) sont décidément remarquables : j'avais déjà évoqué le cas de ces "souvenirs" (sorte de récit d'un fait marquant de la guerre vécu par un soldat, voir notre billet sur Je retire ma demande).

Voici un souvenir "poétique" de la bataille de Gravelotte par Jean-Fernand Bourit, ancien militaire puis négociant à Chevanceaux (auj. Charente-Maritime), dossier dans LH/3197.

"Souvenir de 1870
Borny, Gravelotte, Saint-Privat la Montagne

Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie
Ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie

Les anciens soldats aujourd'hui vivants
Qui étaient comme eux combattants
À Borny, Gravelotte, Saint-Privat, Moselle
Terribles combats, terre immobile
Dans ces jours cette charmante armée
S'élançait gaie enthousiasmée

Chantant, combattait vers le Rhin
Animée, fière de ses forces d'airain
Borny, Gravelotte, la France est victorieuse
La charge sonne, elle marche en avant
À Rezonville tout est triomphant
Présage d'une victoire radieuse.

Sur ce sommet où nous étions en tirailleurs
Des frères étaient en éclaireurs
Des Prussiens vinrent à nous
Ils tombaient sous nos coups.

Tout à coup vers Gaze le canon résonne
La première salve n'atteint personne

Tôt après le mitraille gronde
Balles, boulets, obus, la course furibonde
Fait trouée dans nos rangs
Huit sont blessés presque mourants

Au cri de couchez-vous !
Tous à plat ventre sur le sol
Le sac sur la tête comme un parasol
D'autres expiraient à genoux

Une heure sur ce champ meurtrier
Où pleuvait fer, bronze, acier
La fumée comme un nuage sombre
Vous couvrit, s'abaissant, fit ombre

On partit par ordre du commandement
Prendre place respective au régiment
Les derniers rayons du soleil couchant
Tombaient sur des blessés agonisants"

etc, etc.

Ancien sergent-major au 12e régiment d'infanterie de ligne puis sous-officier instructeur des Douanes, notre Jean-Fernand Bourit a-t-il obtenu sa Légion d'honneur ?

Non. La commission réunie le 23 décembre 1902 décide que celui-ci ne peut se porter candidat que s'il invoque des titres (en clair, la commission juge ses titres insuffisants).

...pas étonnant qu'il n'y pas assez de poètes dans la Légion d'honneur.

2 commentaires:

Jean Pierre Jacob a dit…

Il passe comme un souffle épique....
Il a du lire Victor Hugo..
Au fait, Victor Hugo a t'il postulé pour la Légion d'honneur ?

Danis a dit…

Oui Jean-Pierre J., notre Victor Hugo né en 1802 à Besançon a aussi son dossier en LH/1320 (dossier 26). D'ici 1 an l'ensemble des dossiers de cette sous-série LH sera numérisé et toutes les pièces seront alors directement consultables (c'est déjà le cas pour les lettres A et un peu de B sur le site des Archives nationales http://www.archivesnationales.culture.gouv.fr/ rubrique base de données LEONORE.

Da'