mercredi 3 septembre 2008

Daumier croqueur de roi

(Le Gargantua de Daumier en 1831)

C'est la publication de ce dessin dans La Caricature du 16 décembre 1831, au demeurant anodin pour nous aujourd'hui, mais qui en son temps représenta Louis-Philippe «sous des traits exagérés et monstrueux», assis sur une chaise percée, qui d'un côté arrache le pain de la bouche du peuple famélique, miséreux et les engloutit de sa langue monstrueuse et de l'autre côté les redistribuant (via la chaise trouée donc) à ses proches, qui valut à Honoré Daumier une condamnation à six mois d'emprisonnement et 500 francs d’amende (l'équivalent à quelques francs près de 10000 francs actuels ou 1500 euros), pour «délit d'offenses envers la personne du roi, au gouvernement et excitation à la haine» (dossier 4172 S8 en BB/21). Ont aussi été condamnés à la peine, son imprimeur-litographe Hippolyte Delaporte et le marchand d'estampes Gabriel Aubert.

Les lois sur la censure devenant de plus en plus répressives à partir de 1835 incita alors Daumier à renoncer à la satire politique pour se tourner vers la caricature de mœurs où il croqua à merveille les gens de la Justice, les bourgeois en tout genre mais aussi la gente humble ainsi que tous les événements tragiques et les scènes fortes de la vie parisienne.

En cette année du bicentenaire de sa naissance (né le 26 février 1808 à Marseille où l'on peut voir son buste en bronze à l'Hôtel Dieu) où de nombreuses manifestations lui sont consacrées (à la Bibliothèque nationale de France, site Richelieu ou au Musée d'Orsay pour les bustes qui lui servirent de modèles des dessins parus dans La Caricature et autres journaux, etc.), voici la transcription de leur supplique au roi après la publication de la caricature Gargantua et suite à leur condamnation (dossier de recours en grâce, B/21/373 dossier 4172 S8) :




«Sire
Trois hommes qui n'ont jamais été animés contre vous d'aucun sentiment de haine viennent d'être condamnés à six mois de prison pour une caricature dans laquelle le jury a crû voir une offense à votre auguste personne.

L'artiste, jeune homme de vingt trois ans, n'avait mis aucune importance à un dessin qui lui semblait inoffensif; l'imprimeur a cru sa responsabilité à couvert par la signature du dessin, par la formalité du dépôt et par le nom de l'éditeur, celui-ci, père de famille et marchand, n'a pas pensé qu'il pût être compromis par une caricature, ou il ne voyait rien qui lui parût personnel à votre majesté.

Sire, ils s'adressent à vous pour les sauver d'une captivité qu'ils n'ont pas méritée par leurs intentions, et qui les plongerait eux et leurs familles dans une ruine et un malheur irréparable.
Plein d'espoir en votre générosité, ils attendent, Sire, l'arrêt que vous allez prononcer.
Vos très humbles et très obéissants serviteur

[signé : Aubert, Delaporte et Daumier].

Une remise de l'emprisonnement seule a été accordée à l'imprimeur et au marchand…et pas à Daumier...

3 commentaires:

Tanie a dit…

Intriguée par d'alléchants poèmes, je viens me balader ce matin par chez toi, et je m'en félicite : de nouvelles "douceurs" à déguster, mais également maintes autres choses, fort instructives !
J'attends avec impatience tes prochains "articles",

Tanie.

Danis a dit…

Merci Tanie
Nous avons la possibilité de publier de notre poste de travail, alors pourquoi bouder ce plaisir...

Bien à toi Tanie.

:D

cedamott a dit…

Great post! I want to see a follow up to this topic

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