jeudi 3 janvier 2008

Emma Santos

En un après-midi pluvieux, j'ai lu presque tout Emma Santos à la bibliothèque de Beaubourg. M'intéressant un peu à tout ce qui tourne autour de la folie en général (leurs dessins, ce qu'on appelle improprement l'art brut, leurs écrits, etc…, c'est en fait une cousine psychiatre à Lyon qui m'a fait intéresser à ce sujet ainsi que mon collègue Pierre B., voir aussi mon billet sur l'inventeur aliéné), j'avais commencé à ouvrir un livre au hasard, et je suis resté à lire une bonne dizaine de ses écrits.
Il s'agit de petits récits fort intrigants et percutants dont le style est très mystérieux, presque viscéral, on a l'impression qu'elle a écrit "avec les tripes", cela ne laisse pas indifférent.
Ils se présentent comme des récits de maladie mentale ou comme un discours psychiatrique troublant avec une écriture éclatée, fragmentaire mais qui nous enchante car contenant des images merveilleuses ("le sourire du chat" dans un livre dont j'ai oublié le titre), des couleurs délicates (une description du pardon d'Auray en Bretagne), des sons sauvages, un rythme d'écriture prompt, etc.

Emma Santos, c'est un pseudonyme (née dans les années '40 et décédée en 1983), c'est donc avant tout la folie racontée (elle a même interprété son propre personnage au théâtre en 1976, ce qui a donné Le Théâtre, encore joué de nos jours comme en 1978 au Théâtre des Osses de Fribourg ou au printemps 2000 au Guichet Montparnasse), c'est aussi l'auteur de fort nombreux ouvrages dont La Loméchuse (1973), La Punition d'Arles (1975), La Malcastrée (1976) qui a été jouée récemment en Suisse par la Compagnie Aloïs Troll (en 2004), Le Casier bleu (1977), Écris et tais-toi (1978), L'Illulogicienne (réédition, 1992), L'enfant qui avait perdu sa mort, etc., etc., et le tout dernier, resté inédit jusqu'à présent Effraction au réel (édition A. Fouque, 2006, 216 pages).

Ce sont donc des histoires (ou de fictions) de folie mais aussi de mort sur la thématique du double qui semblent être liées à une expérience concrète, celle de la solitude il me semble. Emma Santos se voit comme dans un miroir et l'image étant difforme et inversée, elle vit donc tout en double (elle est à la fois masculin et féminin comme une de ses héroïnes, Élisabeth, la femme-psychiatre) et l'usage de pronoms personnels devient anarchique (on passe de la troisième personne pour finir au "je").

Pour illustrer ce jeu de miroir constant dans ses écrits, voici un passage que je trouve merveilleux dans l'Effraction au réel, c'est presque un poème, j'aime beaucoup :
Elle rêve à des cavales noires laissant sa maison en foudre blanche (…).
Merveilleux !
Les songes sont filles des nuages (…). Elle fait miroiter les mots dans sa main. Elle regarde sa glace et voit une licorne blanche. Elle détruit et casse ses mille miroirs obsédants avec son image à l'infini et murmure, etc., etc. (...).

A découvrir et à lire donc.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

"ecris et tais toi" ce n'est pas du emma santos ? en tout cas j'aime bcq le "theatre" qui se joue de - en - de nos jours et c dommage.
sh. une fan du theatre contemporain.

bartabac a dit…

Ecris et tais-toi c'est du Emma Santos, c'est une étude sur les femmes, à lire même s'il date un peu.
bartabac

Léo a dit…

'Ecris et tais-toi' est bien un livre d'Emma Santos. Mais il est tout sauf une "étude sur les femmes".
C'est un morceau de poésie à l'état brut. C'est une déambulation bousculée d'un je qui est femme et qui est autre, une pensée qui se bouscule...

S a dit…

d'accord avec léo. Sans doute que bartabac a confondu avec un autre emma santos, à suivre donc...