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jeudi 11 juin 2015

«Sempre libero...» (fin de l’acte 1) à l’Opéra en plein air pour La Traviata…



Hier soir encore, après notre formation dans les locaux de l’Association des archivistes français (pour lequel je rédige un billet juste après celui-ci), et comme l’an passé à pareille époque, vers la mi-juin au parc du domaine de Sceaux, nous avons assisté à la générale de La Traviata (l’an passé c’était Don Giovanni, et avant encore c’étaient Carmen, Aïda, La Flûte enchantée).

Et dans son rôle de Violetta, hier soir, je pense que c’était Sabine Revault d’Allonnes, et sa voix superbe, très juste, charmeuse parfois et provocatrice à la fois, de velours et de gravité mêlée. Son «Sempre libera» du premier acte était franchement sublime !
Au reste il n’y avait rien à dire sur toute la direction musicale.

La mise en scène, face au château, avec un jeu de lumière très savant, faisant profiter la lumière du jour couchant avec le crépuscule rendu encore plus magique à l’approche du solstice d'été à venir. Jeu de lumière qui a donc su tirer parti et des jardins et de la façade du château.

Le choix des costumes était tout aussi bien travaillé : des robes très XIXe siècle pour Violetta et les femmes du corps de ballet, à la façon de ce que portent les femmes sur les toiles de Monet notamment dans le Déjeuner sur l'herbe, et pour les hommes du même corps de ballet, un accoutrement minimaliste avec certains au torse nu et des masques rappelant l’époque des fêtes vénitiennes (sans doute pour rappeler que Verdi avait crée son Traviata d’abord à la Fenice dans les années 1850...).

Côté intrigue, c’est évidemment La Dame aux camélias de Dumas fils et les méandres dramatiques que l’amour réserve et tout cela en seulement trois actes.

Le beau temps pour cet Opéra en plein air (avec une légère brise) était au rendez-vous et nous avons eu de très bonnes places, juste en face de la scène !
Cette Traviata est prévue de se produire jusqu’en septembre dans des parcs et jardins et sur des sites remarquables partout en France : à Sceaux déjà demain, puis au château de Vincennes, à la Cité médiévale de Carcasonne début juillet et ainsi de suite…

Bref, je vous conseille cette Traviata, vous le regretterez pas.

jeudi 12 juin 2014

«Viva la libertà !» (acte 1, scène 5) à l’Opéra en plein air pour Don Giovanni…

Une photo du château de Sceaux l'an dernier pour...Aïda
(il était interdit de prendre des photos hier soir pour Don Giovanni)

Hier soir mercredi 11 juin, au parc du domaine de Sceaux, nous avons assisté à la générale de Don Giovanni, opéra en 2 actes de qui vous savez et mis en scène par Patrick Poivre d’Arvor et Manon Savary. Dans son rôle de séducteur, menant sa vie de libertin, nous avons eu Jean-Gabriel Saint-Martin, baryton joyeux, toujours souriant et qui joue vraiment bien son rôle…au reste toute la distribution est tip-top : voyez Leporello le valet, Donna Anna, Donna Elvira la femme délaissée, Zerlina la jeune paysanne dans son rôle de coquine, Masetto son fiancé et tous les autres, danseurs, chœurs .

La météo était au rendez-vous. On se rappelle que l’an dernier, pour Aïda de Giuseppe Verdi, il pleuvait des cordes, tout comme avant-hier c’étaient des cordes qui sont tombées sur Sceaux mais fort heureusement, hier soir, elles nous fait vibrer sous la direction de Debora Waldman (la même que l’an passé et abonnée de l’Opéra en plein air puisqu’elle avait aussi dirigée La Flûte et Madame Butterfly) et avec l’orchestre d’Anne Gravoin.

Nous avons aimé les danseuses et toute la chorégraphie ainsi que la mise en scène vraiment adaptée pour le plein air et un décor juste ce qu’il faut.

L’Opéra en plein air est prévu de se produire jusqu’en septembre dans des parcs et jardins et sur des sites remarquables partout en France : à Sceaux déjà les 13 et 14 juin, puis en Normandie les 20, 21, au château de Vincennes vers la fin juin, à la Cité médiévale de Carcasonne début juillet et ainsi de suite jusqu’au château de Fontainebleau  en septembre, en passant par l’hôtel national des Invalides…

Bref, je vous conseille ce Don Giovanni, vous le regretterez pas.

dimanche 24 mars 2013

Musique et cinéma, un désamour à la Cité de la Musique

Source de l'image : Photos Libres http://www.photo-libre.fr


Hier samedi je suis allé à l’exposition «Musique et cinéma, le mariage du siècle?» à la Cité de la Musique, porte de Pantin à Paris. Quelle déception!

En sous-titre «que serait la magie du cinéma sans l’émotion de la musique?», mais je n’y ai trouvé aucune émotion et j’ai perdu mon temps (temps de trajet de plus d’une heure un samedi matin!)… Déjà on entre par une salle sombre où l’on ne distingue rien tellement les murs sont aussi en noir ! bonjour l’ambiance. Ensuite de faibles faisceaux de lumière genre «7e art» pour vous guider par ci par là à travers d’extraits de films ou d’extraits d’entretiens de réalisateurs ou de compositeurs de musique. Parcours intelligent mais combien décevant. On a essayé de concentrer dans un espace minimaliste, un panorama tellement foisonnant de cette belle rencontre entre ces deux arts, musique et cinéma. Mais quel dommage que ni les cinéphiles ni les mélomanes ne s’y retrouvent !

Mais pourquoi (par manque de moyens financiers certainement) la Cité de la Musique ne choisit-il pas de commissaire ou de scénariste dignes de ce nom (je n’ai absolument rien, ni contre N. T. Binh, commissaire de cette exposition ratée, ni contre Joann Sfar, commissaire de celle sur «Brassens» l’année dernière mais ils feraient mieux de se concentrer sur leurs travaux respectifs de professeur à la Sorbonne ou d’illustrateur de BD…seul Frédéric Sanchez s’en est bien sorti avec son «Gainsbourg» en 2008, mais lui, c’était un vrai illustrateur sonore, et il y connaît un rayon sur la musique...).

Bref, à titre d’exemple, pour en revenir à cette exposition «Musique et cinéma», sur Alexandre Desplat, compositeur français, que le monde entier s’arrache, on se limite à sa composition de la BO de «De battre mon cœur s'est arrêté» [de Jacques Audiard] avec laquelle il a certes obtenu son premier César en 2006, mais il n’a pas composé que ça ! qu’en est-il de sa contribution sur «Le Discours d’un roi», etc. Rien!

Non franchement, cette exposition est vraiment ratée. Quel dommage. Pourtant le sujet est alléchant et se prête à de nombreux exercices, par exemple se concentrer sur le seul cinéma français. Il y aurait tellement matière à exposer et à dire.

Sans compter l’affligeante banalité de l’affiche…

Ensuite on descend d’un étage pour parcourir un couloir de duos de cinéastes-compositeurs, mais là aussi tout est réduction, de même que les quatre minables points audiovisuels sous forme de modules interactifs où on écoute des extraits de films (classés selon que c’est du rock, du classique, etc.) mais tout n’y est pas. Ici encore, il y aurait matière à se rattraper en proposant la presque exhaustivité de la musique de films. Mais non, on enferme le visiteur dans des cases bien définies…

Bon, j’ai aimé les vieilles pochettes de disques, les quelques documents de tournage mais en fin de compte il n’y a aucun parcours savant, on se perd dans l’obscurité des salles et des sons sortis de nulle part.

C’est du 19 mars au 18 août 2013 à Paris, allez y tout de même pour se faire une idée mais franchement vous allez perdre votre temps et serez très déçu. Quel dommage! ah oui, quel dommage, pour un sujet si prometteur!

samedi 9 mars 2013

Le Paris secret et insolite de Rodolphe Trouilleux



Ce Paris secret et insolite, par Rodolphe Trouilleux, avec des photographies magnifiques de Jacques Lebar aux éditions Parigramme, je l’ai découvert par hasard à l’Orangerie à la visite de l’exposition Soutine et je le conseille à tous, amoureux de Paris ou curieux, pour, et je cite la présentation de l’auteur, pour connaître encore plus sur [début de citation] «les impasses oubliées, un cloître converti en ateliers, une vraie fausse maison médiévale, les dalles de la guillotine, un métro du XVIIe siècle, des jardins cachés, une cité ouvrière dans les beaux quartiers, une façade de lavoir, des villas endormies, un citronnier dans une cabine téléphonique, une villa palladienne, une tour du XIIIe siècle, un square d'acclimatation, des rats grignotant une façade, un apothicaire-chocolatier, un ancien cimetière protestant, une enseigne médiévale, un parchemin gothique, un château ouvrier, une pagode chinoise, un portail voyageur, des lampadaires télescopiques, une fausse vierge noire, un chevalier supplicié, un cadran solaire surréaliste, un ancien cabinet de lecture, une mystérieuse cariatide, une cloche impériale, un bastion dans un jardin, un immeuble paquebot, des stalactites dans une grotte, une arche au-dessus d'une rivière disparue... la capitale n'a pas fini de livrer ses mystères [fin de citation]. 

D’autres nouvelles surprises sont également à découvrir sur le site de Rodolphe Trouilleux http://parissecretetinsolite.unblog.fr/

J’ai bien aimé la présentation de la «vraie fausse maison médiévale» pour y passer presque tous les matins en allant travailler et sur lequel j’avais également écrit un petit billet http://texteslibres.blogspot.fr/2007/08/rue-des-ursins.html il y a très longtemps.

J’ai beaucoup appris aussi : par exemple ce vestige de la Bastille…mais je vous en dit pas plus, voyez «Paris secret et insolite» de Rodolphe Trouilleux, un très bon cadeau à se faire et à faire…

lundi 10 décembre 2012

Martinique Jazz Festival 2012

J'étais en Martinique en ce début de décembre 2012 et j'ai franchement été bluffé par l'offre culturelle que nous offre ce département.
Le samedi 1er décembre à l'Atrium (une belle salle de concert à Fort-de-France ) en première partie, j'ai assisté à un jazz dit pop, mais j'ai trouvé que c'était plutôt un jazz vocal (assez mélodique) avec de subtils arrangements. Véronique Hermann Sambin, fille du pays, à la voix, et j'ai reconnu Tony Texier, pianiste franco-américain (avais assisté à son concert au Sunset à Paris où il était avec son quartet, c'était en juin dernier).
En seconde partie, arriva enfin Lucky Peterson à la guitare, à l'orgue et au chant. Alors là, quel organe ! Du jazz soul à la Ray Charles que je n'ai pas connu. Une mise en scène extraordinaire, notre Lucky Peterson se donnait littéralement au public, allait et venait, des gradins à la scène, il était «dedans» comme on dit. J'ai franchement adoré.
Le lendemain dimanche, nous quittions Fort-de-France et l'Atrium, pour Fonds-Saint-Jacques, à l'est de l'île, pour écouter Carlton Rara et ses arrangements en créole et en anglais, bien qu'il soit franco-haïtien, il a une voix subtile et j'ai vraiment beaucoup apprécié son «jazz-reggae» ainsi que ses compositions originales sur des thèmes traditionnels caribéens. Là aussi j'ai reconnu à la guitare, pour l'avoir entendu quelque part, Johary Rakotondramasy (un malgache), Serge Balsamo, autre guitare, était à découvrir. En seconde partie, nous avons eu du jazz classique mais nous avons dû rentrer à Fort-de-France pour cause de travail le lendemain.
Voyez plutôt leur site pour se faire une idée http://www.cmac.asso.fr/martinique-jazz-festival-32.html

Bref, merci aux personnes qui m'ont accompagné à ces concerts, qui m'ont fait visiter l'île, donner l'histoire de Fonds-Saint-Jacques et fait passer un moment délicieux en Martinique où j'étais venu donner une formation sur la manière de décrire les Archives sous ICA-Atom...

samedi 20 octobre 2012

Les Mudgal : danseuse gracieuse et chanteuse enthousiaste

(image trouvée sur le site du musée Guimet)

Hier vendredi 19 octobre à 20h30 à l'auditorium du musée Guimet, j'ai assisté à un excellent récital de danse classique Odissi. Question danse classique indienne, on connaît surtout le bharata natyam ou le kathak. L'une et l'autre (j'avais également assisté à ce type de danse, toujours à l'auditorium du musée Guimet) sont des danses traditionnelles magnifiques, rythmiques et qui se réfèrent à une histoire racontée, une narration sur un thème mythologique, originaire tantôt du nord de l'Inde, tantôt du sud.

L'Odissi vient plutôt de l'est de l'Inde, plus particulièrement de l'état de l’Odisha ou Orissa je ne sais plus trop, à côté du Golfe du Bengale.

Hier soir (et ce soir aussi), c'est Arushi Mudgal et ses musiciens qui nous offrent un spectacle et un récital de chant franchement exquis.

La chanteuse classique est en fait la sœur aînée de la danseuse qui interprète des tableaux mythologiques se référant à Krishna et à ses femmes, dont Rada, mais aussi des tableaux religieux (« rendre grâce à tel dieu ») ou à la nature (le printemps notamment). La chanteuse a franchement une très belle voix, elle se cale littéralement (ou alors c'est l'inverse ) aux pas de la danseuse. Un joueur de flûte et un percussionniste de talent complètent la «troupe».
La chanteuse m'a fait chaud au cœur, par son regard, sa tendresse, sa fragilité apparente, ses mimiques, son étroite et parfaite «communion» avec sa sœur.

J'avais trouvé le kathak très masculin, avec des pirouettes extraordinaires du danseur qui possède de grandes qualités physiques à cause des mouvements très rapides des pieds et des mains. L'Odissi est plutôt «féminin» je trouve, très gracile, sensuel et délicat dans les mouvements, jamais brusques ou alors franchement (surtout le dernier tableau).

Arushi Mudgal et sa soeur font partie d'une grande lignée de danseurs et de musiciens, des générations d’artistes comme s'il se fait en Inde. Elle a appris la danse par sa tante.
On apprend aussi que le flutiste confectionne ses propres flûtes (il en avait 2 hier soir). Quant au génial percussionniste, c'est sa première tournée à l'étranger...

Bref, nous avons vraiment beaucoup aimé cette forme de danse interprétée par une danseuse gracieuse et une chanteuse enthousiaste.

lundi 15 octobre 2012

Un homme fou de lumière : Hopper au Grand Palais

Le truc de Hopper c’est la lumière qui entre par une fenêtre, très délicat à réaliser.


Voici une exposition qui m’a réellement émerveillé ! celle d’Edward Hopper au Grand Palais en ce moment. Que du figuratif (il ne s’est jamais mis au cubisme) et sa femme qui était aussi peintre, en avait franchement horreur du l’abstraction. Sa femme Joséphine qu’il appelle Jo est représentée sur la dernière œuvre en fin d’exposition : Two Comedians en forme d’adieu au monde, en 1965…
…donc que du figuratif et de la nature à profusion (scène de la vie quotidienne, paysages de la campagne américaine, paysages du littoral, maisons, phares, bateaux, voie ferrée genre Paris-Texas de Wenders…).

Attention, il y a beaucoup de monde au Grand Palais ! avec ma carte coupe-file j’ai pu y pénétrer rapidement. Je vous conseille de prendre un audio-guide (5 €), les œuvres sont très peu commentées à l’exception des panneaux et sous-panneaux vraiment très bien rédigées. J’y retournerai volontiers avec cette fois un audio-guide.

Que y voit-on ? Qu’apprend-t-on ? Beaucoup de choses. Voyez plutôt tous les articles écrits sur lui, un wiki lui est aussi consacré. Bref pour faire rapide, Hopper est mort en 1967 vers ses 80 ans. C’est un américain de parents français et irlandais. Il est à Paris de 1906 à je ne sais plus combien, habite rue de Lille et peint d’admirables scènes parisiennes avec ou sans personnages (j’ai admiré les escaliers de son appartement, magnifique ! aucun être humain, que des marches d’escalier, tel un Francis Ponge de la peinture…).

Le truc de Hopper c’est la lumière, celle du soleil en particulier. J’ai vu, vraiment par hasard, un excellent reportage sur Arte hier dimanche (le même film vaut 20 € au musée, une vraie arnaque, à 10 € je l’aurai acheté mais pas à 20 !). On y apprend entre autres, qu’il avait beaucoup de mal à représenter la lumière qui pénètre dans la pièce éclairée de la maison à cause du positif et du négatif (lumière intérieure s’opposant à celle de l’extérieur, sombre) et que la lumière déforme la matière. Cette lumière entre toujours par une fenêtre ou une porte.

On y apprend aussi qu’il souhaitait (ou plutôt ses parents souhaitaient pour lui, il me semble) faire des études d’architecture et finalement s’orienta vers des études d’art à New York. Il devint illustrateur pour gagner sa vie (un diaporama de ses illustrations est projeté en continu au musée) et c’est après avoir exposé des aquarelles des grandes maisons bourgeoises de Gloucester en Nouvelle-Angleterre (des aquarelles de toute beauté vous verrez) qu’il se décide à se consacrer à la peinture (mais hélas il ne fera plus d’aquarelles) et qu’il commence à être connu. Mais au final, il produisit très peu (à la fin de sa vie, 1 à 2 par an !) mais fit beaucoup d’affiches, de gravures à eau-forte (exposées aussi) et évidemment de magnifiques aquarelles. Il travaillait avec lenteur, aimait la poésie française et le cinéma. Voilà tout.

Bref, il faut y aller au Grand Palais, quitte à faire la file 2 heures (oui, il paraît qu’il faut compter 2 heures de file pour ceux qui n’ont pas de coupe-file genre presse, sésame ou carte de la Culture, etc.), mais le jeu vaut la chandelle et puis vous n’êtes pas seul, il y a toujours un joueur de saxo qui semble toujours être présent sur le marches du Grand Palais, et qui vous accompagne et qui vous distrait. N’oubliez pas la petite monnaie.

jeudi 31 mai 2012

Aïda au parc de Sceaux

Hier soir 30 mai, au parc du domaine de Sceaux, nous avons assisté à la générale de Aïda, opéra en 4 actes de Verdi, mis en scène par le réalisateur Élie Chouraqui. Opéra de plein air donc. Hélas la météo n’était pas au rendez-vous mais heureusement que tout le soleil était sur scène ! Elle resplendissait de ces figurants, ces acteurs attachants, ajoutez une excellente mise en scène, des chorégraphies magnifiques adaptées pour le plein air et un décor grandiose mais juste ce qu’il faut.

Le spectacle a commencé avec 10 mn de retard pour cause d’averse. Les gradins, les chaises, le podium étaient mouillés et il faisait un peu frisquet vers 22 h (le spectacle s’est achevé vers minuit). Mais l’essentiel est d’avoir passé un fort agréable moment ! J’ai aimé Aïda, esclave éthiopienne mais princesse amoureuse (amour partagé) de Radamès, guerrier de haut vol égyptien, mais qui doit épouser Amneris, fille du pharaon à lui promise pour cause de bravoure (comme quoi il faut parfois éviter de faire de la «bravitude» pour ne pas se retrouver dans de sales draps).

Les figurants sont magnifiques de beauté avec des costumes bien taillés. La musique est excellente (Jacques Blanc et Debora Waldman). Cette troupe d’une bonne centaine de comédiens est prévu de se produire jusqu’en septembre dans des parcs et jardins et sur des sites remarquables partout en France.

Donc je vous conseille cette Aïda de Verdi-Chouraqui, vous le regretterez pas.

vendredi 18 mai 2012

Portraits d’insurgés de Madagascar en 1947 au Cloître des Billettes


On a avancé tous sortes de chiffres : des milliers, des centaines de milliers de morts. Mais ce qui est sûr, quel que soit le nombre des victimes, l’insurrection de Madagascar en 1947, est un sujet que même les locaux ou même les Zanatanys (un Zanatany est en fait quelqu’un né à Madagascar, mais non malgache, donc d'origine étrangère), que même les Zanatanys ignorent donc, tellement que cet épisode a été occulté dans les livres d’histoire.

Les archives de cette insurrection de Madagascar sont conservées, en partie, à Aix-en-Provence, d’autres sont dispersées.

Pour l’origine de cette révolte, je vous renvoie aux historiens et spécialistes que je ne suis pas, de cette période. Mais pour faire simple, l’origine est à rechercher dans le colonialisme et la gestion de la Grande île par le gouvernement gaulliste. Dans l’idéologie vichiste aussi. Dans les ravages de la Seconde Guerre mondiale aussi. En fait, on peut trouver de nombreux éléments déclencheurs de ce massacre.

C’est le 29 mars 1947 que débute la révolte. D’abord sur la côte Est : à Manakara, à Farafanfagana aussi (?). Puis elle s’étend et les colons prennent alors peur. Ils montent vers Tananarive. En un mois, de nombreux insurgés et chefs ou autres instigateurs sont arrêtés comme responsables de la révolte. Celle ci est pourtant très vite réprimée par les troupes coloniales. Cette répression fait de très nombreuses victimes…

C’est donc cet épisode noir que le Cloître des Billettes à travers de magnifiques portraits nous invite à remémorer (l’exposition est gratuite). Magnifiques portraits du point de vue photographique j’entends. A travers une magnifique et sobre scénographie, le visiteur est amené à voir ces photographies mais aussi à lire les cartels très émouvants de ce massacre raconté par les survivants aujourd’hui.

Les conditions de cette répression s’apparentent à des crimes de guerre : exécutions sommaires entre autres, bombardements de villages, des «sorciers» sont aussi jetés vivants de l’avion pour prouver leur supercherie, d’autres sont emprisonnés dans des conditions sanitaires franchement immondes (en fin de l’exposition, un survivant explique un épisode très émouvant à propos de ses mains).
On fait alors appel à des «soldats» nord-africains pour entreprendre la répression des insurgés qui sont traqués et contraints de prendre le maquis.

De nombreux insurgés sont condamnés à mort ou aux travaux forcés à perpétuité (c’est bien expliqué dans l’exposition). Ils seront enfin libres juste avant l’indépendance.
Pour faire un peu scientifique, voici Yves Bénot dans Massacres coloniaux (Paris, La Découverte, 2001, p.122) :
«[cette révolte] a été meurtrière et atroce. Il y aurait eu 550 morts du côté des occupants, dont 350 militaires de toutes origines. On admet généralement que la répression a fait quelque 89000 morts malgaches chez les insurgés, estimation qui était celle de l’état-major à la fin de 1948».

Voilà pour les faits. Pour se souvenir maintenant, allez-y ! Franchement allez-y au Cloître des Billettes, 24, rue des Archives, 75004 Paris, Métro Hôtel de Ville (ligne 1) du 29 avril au 27 mai 2012 de 11h à 19h lundi au samedi et de 13h à 19h les dimanches et jours fériés, sans interruption pour «Portraits d’insurgés», les textes sont de l’écrivain Raharimanana et les magnifiques photographies (je m’y connais !) sont de Pierrot Men.

samedi 31 janvier 2009

Angoulême 2009

A y est ! Angoulême’09 a démarré. J’engloutis une bonne dizaine de db par semaine et je suis content de voir que sur les 65 titres de la liste officielle, j’en ai lu 23 ! Mes préférés sont le n° 53 Undercurrent, de Toyoda ainsi que le n° 38 No comment, de Ivan Brun, éditions Drugstore.

Je recopie ici, par manque de temps de ma part, l’avis de Jean-Claude Loiseau de Télérama (merci à lui) sur No comment : "en quatorze récits couvrant le spectre à peu près complet des ignominies qu’on peut infliger aux faibles, aux pauvres, aux moins-que-rien, Ivan Brun déchaîne une apocalypse très contemporaine. Rien n’est épargné au lecteur : la pauvreté, la drogue, les rapports de domination, la violence, l’absurdité de relations sociales viciées par la réalité économique... Un véritable pavé dans la mare, pour réveiller les consciences".

Ceux que j’ai lu :

6. Big Foot, tome 3, Créatures, de Nicolas Dumontheuil (Futuropolis)
10. De Gaulle à la plage, de Jean-Yves Ferri (Poisson Pilote/Dargaud)
11. Esthétique et filatures, de Tanxxx et Lisa Mandel (Casterman)
18. La guerre d'Alan, tome 3, d'Emmanuel Guibert (L'Association)
19. Gus, tome 3, Ernest, de Christophe Blain (Dargaud)
21. L'héritage du colonel, de Varela et Trillo (Delcourt)
22. La jeune fille et le nègre, Tome 1, Papa et Sophie, de Judith Vanistendael (Acte Sud l'an 2)
27. Long John Silver, tome 2, Neptune, de Dorison et Lauffray (Dargaud)
28. Lucien, tome 9, Toujours la banane, de Frank Margerin (Fluide Glacial)
29. Lulu femme nue, tome 1, d'Étienne Davodeau (Futuropolis)
31. Martha Jane Cannary, tome 1, de Blanchin et Perrissin (Futuropolis)
33. Mattéo, de Jean-Pierre Gibrat (Futuropolis)
38. No comment, de Ivan Brun (Drugstore)
40. Pauvres zhéros, de Baru et Pierre Pelot (Rivages/Casterman/Noir)
41. Le petit Christian, tome 2, de Blutch (L'Association)
43. Pluie du paradis, de Yu Lu (Casterman)
44. Le Roi des mouches, tome 2, L'Origine du monde, de Mezzo et Pirus (Drugstore)
45. Salade de fruits, tome 2, de Mathieu Sapin (Les requins marteaux)
47. Shutter Island, de Christian De Metter et Dennis Lehane (Rivages/Casterman/Noir)
49. Tamara Drewe, de Posy Simmonds (Denoël Graphic)
50. Tout seul, de Christophe Chabouté (Vents d'Ouest)
51. Trésor, de Lucie Durbiano (Bayou/Gallimard)
53. Undercurrent, de Toyoda (Kana)
56. Wanted, de Millar et Jones (Delcourt)
La liste complète est sur http://www.neuvieme-art.com/actu/Angouleme-Festival-Selection-Officielle-368

lundi 19 janvier 2009

Slumdog millionaire

Un très bon film de 2 heures ! L’histoire est simple : dans les bidonvilles de Bombay, un certain Jamal Malik, 18 ans, tchaï-wara (livreur de thés) dans une société de services téléphoniques, est sur le point de remporter la somme colossale de plusieurs millions de roupies lors de la version indienne de l’émission «Qui veut gagner des millions?» avec Anil Kapoor dans le rôle du Foucault local, mais contraint par la police (!) de justifier ses bonnes réponses, il leur raconte sa vie dans la rue, ses histoires de famille (mendicité avec son frère Selim, rencontre avec Latika, autre gamine des tandis dont il est tombé amoureux et qu’il perd de vue en s’enfuyant d’un orphelinat douteux). Mais comment ce jeune homme est-il parvenu en finale d’une émission de télévision? C’est le fil rouge de ce film palpitant du début jusqu’à la fin avec des acteurs de grand talent et très attachants, un rythme d’enfer qui me rappelle le Calcutta de Sarnath Banerjee avec des va-et-vient entre passé et présent (enfance, jeu télévisé, interrogatoire au commissariat de police) parfois déroutants mais nécessaires, et surtout une superbe musique (nous sommes tout de même au pays de Boollywood)…tout ça donne un film majestueux à ne pas rater !

mercredi 22 octobre 2008

Jacques Villeglé


Les dernières expositions à Paris ces derniers jours : d’abord «Picasso et ses maîtres» au Grand-Palais, une pure merveille que de constater l'influence des «grands maîtres» comme Titien, Goya, Renoir ou Manet sur son œuvre. Il y a là près de 200 œuvres issues des collections françaises et étrangères, publiques et privées. C’est énorme et beau aussi. Chaque salle fait dialoguer l'œuvre de Picasso avec celles de ses «maîtres».

Ensuite Jacques Villeglé à Beaubourg, plus d'une centaine d'affiches lacérées à Paris, en province (le Sud-Ouest où il se réfugie plus tard) mais aussi en Espagne et en Argentine. Des affiches prélevées aux murs et sur lesquelles il n'intervient guère sauf pour les maroufler sur toile. Affiches colorées, figuratives, politiques, humoristiques affiches de publicité, qui seront plus tard maculées par des mains anonymes mais qu’il recompose ensuite au gré des couleurs et des formes. Une pure merveille. Un voyage à travers un espace urbain connu, quotidien et familier mais vu différemment et qui ravive notre mémoire de façon critique, mais aussi ludique. À voir donc.

Toujours à Beaubourg, j’ai beaucoup moins apprécié «Le Futurisme à Paris. Une avant-garde explosive» prétexte d’exposition à l’occasion du centenaire de la publication du Manifeste du Futurisme. Trop foisonnant et un tantinet désordonné! La scénographie ne suit pas. Les toiles semblent avoir été posées au hasard sans concept. Pourtant il y a du beau monde ! Des Braque, Delaunay, Duchamp, Léger, Malévitch, Picabia et même ce cher Picasso, mais je n’y suis resté que 10 minutes le temps de faire le tour sans m’attarder outre mesure…le «Futurisme» n’est-il pas un mouvement qui exalte la …vitesse (!).

lundi 28 juillet 2008

Jeunes talents (2)

Photographie par Martine L.,
avec l'aimable autorisation de Myriam Rignol
ici à la viole de gambe
(et au second plan Julien Wolfs au clavecin)


Avec le récital d'hier dimanche 27 juillet, s'est achevé le 8e Festival européen jeunes talents 2008 qui avait débuté à l'hôtel de Soubise des Archives nationales le 3 juillet dernier et qui nous donna l’opportunité de découvrir de jeunes musiciens professionnels, lauréats de concours internationaux ou issus des conservatoires prestigieux d’Europe (lire notre coup de cœur sur la soprano Isabelle Druet).

En raison du beau temps, le récital d'hier se donnait dans la cour de Guise, dite aussi ancienne cour des marronniers. Pour une clôture en beauté du festival, on nous a proposé un duo baroque prestigieux, jugez-en, Julien Wolfs au clavecin et Myriam Rignol à la viole de gambe pour une sonate da Chiesa de Corelli en prélude, suivie, après quelques pièces au clavecin seul de François Couperin (le treizième Ordre, les Lys Naissants, les Roseaux et l’Engageante) la fameuse Suite d’un goût étranger (la Marche, la pièce luthée dite aussi la Liseuse si mes souvenirs sont bons, la Badinage et le Labyrinthe) de Marin Marais et pour finir du Bach (le père) pour le prélude et fugue en ré majeur et la sonate pour viole de gambe et clavecin obligé en sol majeur …je fais l'intéressant en indiquant que telle pièce ou celle-ci est en ré majeur ou en sol majeur mais en réalité je n'y comprends rien, j'apprécie cette musique et c'est tout.

Nous n'avons éprouvé que de menues rumeurs inhérentes à un concert de plein air : éternuement feutré, murmure faible, gémissement aussi (de plaisir évidemment), geignement plaintif, bourdonnement d'un insecte, ne manquait plus que le roucoulement des tourterelles…mais nous avons eu le bonheur d'entendre le rire d'une mouette (une petite colonie niche en effet non loin des Archives) ainsi que le craquement ou le croassement d'une corneille dérangée, sans aucun doute, dans son sommeil à moins qu'elle n'ait apprécié cette musique baroque franchement jouée avec brio par Myriam Rignol avec sa viole de gambe et Julien Wolfs au clavecin.

Le prochain festival européen jeunes talents (le 9e donc) est prévu pour le 10 juillet 2009…

lundi 7 juillet 2008

Jeunes talents


La programmation de ce 8e édition du festival européen des jeunes talents qui se donne depuis avant hier et jusqu’au dimanche 27 juillet est franchement magnifique, presque envoûtante : j’ai assisté ce samedi à un récital vocal composé d’airs d’opéra, de lieder et de mélodies de toute beauté, Isabelle Druet, mezzo-soprano accompagnée de Johanne Ralambondrainy au piano nous ont proposé, en prélude, une berceuse de Merula (c’est Marie qui endort le petit Jésus), Débussy ensuite et La flûte de Pan, Chevelure et Le tombeau des Naïades, un air de Dorabella de Mozart, quelques extraits de Haendel, Duparc et son pays où se fait la guerre (une femme se lamente de son compagnon parti à la guerre), Monteverdi et l’air d'Octavia dans Disprezzata regina (Octavia, fille de Claude, est une reine bafouée puisque Néron ne l'aime plus et en épouse une autre, on connaît la suite), Mahler, Bizet (l’air de Carmen, la Seguedille magnifiquement interprété) et deux bis dont une berceuse pour terminer. Le thème de ce récital était en somme la femme (l’adolescente Dorabella de Mozart, les femmes adultes ensuite, etc.).

On nous avait prévenu qu’Isabelle Druet venait de remporter le deuxième prix du prestigieux concours Reine Élisabeth à Bruxelles et qu’elle n’était pas n’importe qui ! et c’est vrai ! C’est une voix rare, toute de lumière, chatoyante, sans arrogance et même sans fatuité, mais douce, fraîche, presque simple mais déterminée, claire, tout de respect pour l’auditoire, flamboyante. Un vrai régal.

Mon prochain rendez-vous avec ce délicieux festival est du dimanche 27 juillet. On nous promet pour une clôture en beauté du festival, un duo baroque prestigieux (Julien Wolfs au clavecin et Myriam Rignol à la viole de gambe) pour des sonates de Corelli, Couperin, Marin Marais et sa Suite d’un goût étranger et du Bach dont la sonate pour viole de gambe et clavecin obligé en sol majeur 1027. J’en bave rien qu’y penser.

samedi 5 janvier 2008

Le musée des Arts Décoratifs à Paris


Un lieu magnifique à découvrir ! Créés en 1882 dans le sillage des Expositions universelles par des collectionneurs soucieux de valoriser les "beaux-arts appliqués" et de comprendre les liens entre industrie et iconographie documentaire, ce qu'on appela alors Les Arts Décoratifs furent longtemps connus sous la dénomination de l'Union centrale des arts décoratifs. Mais depuis 2005 la conservation et la diffusion de leurs collections ont été modernisées. Ils sont aujourd'hui implantés à Paris au 107 rue de Rivoli, accostés au palais du Louvre et abritent, y compris le musée des Arts décoratifs, le musée de la Mode et du Textile et le musée de la Publicité. Ils conservent plus de 400000 chefs-œuvres. Un lieu vraiment sublime réparti sur 5 étages !

Le musée des Arts décoratifs à lui tout seul, c'est plus de 150.000 œuvres, du mobilier médiéval au contemporain en passant par le XVIIIe siècle français, l’Empire, l’Art nouveau et l’Art déco mais aussi d’importants fonds de bijoux, de jouets, de papiers peints, d’orfèvrerie, de céramique, de verrerie, de dessins, etc. Un peu comme le V&A Museum du South Kensington à Londres, mais en mieux.


En ce moment et jusqu'au 6 avril prochain, le musée de la Publicité présente une sélection d’environ 80 films d’animation publicitaire. Un vrai régal de voir ou de revoir ces images d’archives qui avaient bercées notre enfance au cinéma ou au petit écran (les réveils Jaz, les cachous Lajaunie, etc.). On y présente aussi toute l’évolution des différentes techniques d’animation (de l’image de synthèse en passant par les papiers découpés ou les marionnettes).

Aussi rouge que possible est la prochaine exposition à venir (début 2008). Il s’agira de couvrir les nombreux domaines où le rouge apparaît de manière incontournable et de mettre en évidence les différents symboles que revêt cette couleur dans toutes les sociétés et à toutes les époques (le rouge représente en effet le danger, le sang évidemment, mais aussi le rouge plaisir, ou encore le luxe, etc.).

À voir donc.

vendredi 14 décembre 2007

Kayomars et sa cour de paradis

(Kayomars et sa cour de paradis, exposée en ce moment au Louvre)

Aujourd’hui vendredi 14 décembre 2007 à 12h30 je vais assister à l’auditorium du Louvre à une conférence sur Kayomars et sa cour de paradis par Souren Melikian, directeur de recherche émérite, CNRS.

Réalisée avec une grande minutie à la gouache, à l’or et à l’encre sur papier, vers 1522-1525 par Sultan Muhammad, il dépeint la cour de Kayomars, premier shah de Perse. Cette page d’une spiritualité intense recèle de détails, personnages, animaux et végétation, dans un paysage montagneux d’une superbe harmonie chromatique, ce chef-d’œuvre de la peinture de manuscrit, provenant de la collection Aga Khan, sera analysé en direct par cet éminent spécialiste des arts de la Perse.

Je vais en savoir plus tout à l’heure et je rédigerai à nouveau ce billet…
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Donc voilà, la salle était pleine à craquer mais la conférence a tout de même commencé à l'heure dite.

Cette page, où l'on voit le roi du monde et de l'Iran est Keyomars ou Geyomars (selon les écritures) trônant au milieu de sa cour, a provoqué une profonde impression sur les grands maîtres du temps. Elle ouvre le cycle des 258 peintures du Shah Nameh (Livre des Rois) exécuté par ordre de la bibliothèque royale de Shah Tahmasp entre 1524 et 1539 et aujourd'hui éparpillées entre plusieurs collectionneurs et musées américains et iraniens. Cette célèbre peinture, attribuée à Soltan Mohammad, est impressionnante, elle mesure une trentaine de centimètres (le folio entier fait 47 cm).

Inutile de s'étendre sur le célèbre Shah Nameh, il suffit de se documenter sur la toile pour se rendre compte de l'importance qu'a joué ce livre versifié dans la société persane. Notez cependant que les personnages de ces peintures n'illustrent jamais le texte mais sont la réponse du peintre à son thème. Le passé devient ainsi la métaphore de l'instant présent. Le Shah Nameh ne donne aucune précision sur Keyomars. Les vêtements taillés dans des peaux de léopard et l'emplacement du trône dans la montagne sont les seuls renseignements précis qui, comme on vient de le dire, ne sont aucunement dictés par le récit. Les visages ovales aux sourcils arqués et à la bouche menue renvoient à l'archétype de la beauté idéale de la haute époque, celui du "Bouddha au visage du lune". Les personnages sont disposés en cercle selon l'antique tradition de la création de l'univers.

Mais plus que les détails, c'est l'atmosphère féerique, traduisant la perception du commencement de l'histoire persane, qui est remarquable (j'ai passé plus d'un quart d'heure à contempler tous les menus détails sur l'orignal exposé au Louvre jusqu'au 7 janvier 2008…ensuite il va falloir aller à Toronto pour la voir !).

Dans cette peinture, le ciel est d'or, c'est le monde céleste ; les nuages stylisés qui entourent l'aire centrale sont associés dans la tradition iranienne à la période du nouvel an qui commence le premier jour du printemps (nowruz), c'est donc le nuage de printemps (abr-e-nowrozi). Ce début du monde (et même de l'univers !), est signifié comme un âge d'innocence merveilleux (au reste on le voit bien par ces lions paisiblement installés en bas, au milieu, sans menacer leurs proies habituelles que sont les daims et les gazelles) et démontre que dans le royaume soumis à la justice du roi parfait, les ennemis naturels ne se déchirent pas enter eux…

Beaucoup de choses ont été dites par le conférencier, très habile et doté d'un grand humour, mais bon, je ne vais tout de même pas vous refaire la conférence…

Notons cependant que cette peinture de manuscrit est la seule du Shah Nameh de Shah Tahmasp dont on retrouve l'écho dans les sources persanes su temps. Il faut se dépêcher de la voir ! les artistes du The Prince’s School of Traditional Arts de passage à Paris (voir notre billet) sont venus exprès de Londres et ont passé une heure à la contempler !

mardi 27 novembre 2007

The Prince’s School of Traditional Arts


Après la théorie de la beauté vient la pratique. J'ai voulu en savoir un peu plus sur les miniatures persanes, la manière de les concevoir, le choix des illustrations, des pigments, etc., alors je me suis inscrit à un atelier d'un jour organisé par les enseignants du The Prince’s School of Traditional Arts de passage à Paris (voir leur site).

Cette école basée à Londres (19–22 Charlotte Road) a été créé à l'origine au Royal College of Art en 1984. Le programme a été transféré au Prince of Wales' Institut d'architecture en 1993 qui, lui-même, est devenue par la suite (en 2000), une fondation du Prince de Galles. Elle propose des cours d'arts traditionnels tels la Géométrie, des séminaires sur les principes et concepts des arts traditionnels (vitrail, menuiseries, mosaïques), des cours sur des méthodes traditionnelles de la fabrication des matériaux, la peinture de miniatures persanes ou indiennes, des enquêtes de terrain ou des visites d'étude, etc. et elle sanctionne des Master of Arts degree (MA), ou encore , plus fort, des Master of Philosophy (MPhil) ou des doctorats (PhD) reconnus par the University of Wales.

Notre atelier de la journée commence le matin par quelques explications (le tout en anglais évidemment) des pigments, de la technique, de la manière de tenir les pinceaux (dont un très rare fait de poils d'écureuils mâles uniquement), les principaux thèmes illustrés, le symbolisme des couleurs, le mécénat, la conception, la mise en page et la composition. L'aspect pratique permet aux stagiaires d'un jour d'utiliser des méthodes traditionnelles et des matériaux dans le but d'exécuter une peinture de miniatures à la fin de la journée. Cela commence avec le traitement de l'étude, la préparation des pigments, de l'apprentissage technique et brosse un tableau finalement achevé. Ensuite vient la pratique ou chacun (nous étions une petite quinzaine) dessine sa propre miniature et la colore. C'est un travail extrêmement minutieux où on oublie tout. Le zen façon persan en somme.

J'avais choisi un thème simple, des oiseaux sur une branche… trois heures pour réaliser une miniature de quelques petits centimètres carrés ! du polissage du papier, à la préparation des pigments, à l'ébauche et au coloriage. Mais qu'est-ce le temps ? Il est rien de plus précieux que le temps, dit-on, puisque c'est le prix de l'éternité…J'ai tout de même déboursé une petite trentaine d'euros pour quelques instants d'éternité.

vendredi 9 novembre 2007

L'art du livre persan

(détail de Majnun à l'école, 1524-1539,
conservé à Washington dans une collection privée
et exposée en ce moment au Louvre)

Je ne suis toujours demandé comment les miniatures étaient dessinées et mis en page. En fait il s'agit de tout une chaîne comme je l'ai remarqué sur ce détail d'une miniature exposée en ce moment au Louvre sur l'art des Séfévides.

Il y avait d'abord le polissage du papier comme on le voit au bas du détail : importé de Chine, le papier était d’abord réservé à l’usage de la cour. Il remplace ensuite le papyrus et le parchemin et vers l’an 1000, la plupart des grandes cités du Moyen-Orient en produisent. Le papier est souvent teinté (saumon, ocre, jaune, violet…).

Puis vient l'enduit du papier ainsi que le choix des pigments. Ils sont d’origine minérale ou organique : bleu outremer (lapis-lazuli), jaune d’orpiment (sulfure d’arsenic), rouge de plomb, vert de cuivre (acétate de cuivre), etc. Ces substances sont liées avec du blanc d’œuf ou de la colle, ce qui permet de préserver l’éclat et la délicatesse des couleurs. On utilisait aussi de la gomme arabique. L’or était employé sous forme liquide et donc appliqué au pinceau. En le mélangeant à du cuivre, l’enlumineur dispose de plusieurs nuances d’or.

Les calligraphes et les enlumineurs interviennent enfin.
Le prestige de l’écriture conférait au calligraphe un statut social important. Il remplissait souvent le rôle de bibliothécaire et dirigeait les activités de l’atelier-bibliothèque d’un sultan ou d’un prince. Ils signaient leur travail dans le colophon final.

Les titres et les encadrements à l’encre rouge sont mis en place, mais les illustrations restent au stade de dessins préparatoires : quelques marques à la pointe du compas permettent de placer le motif, et les principaux éléments de la scène sont tracés à la pointe sèche comme on le voit sur une autre miniature restée inachevée, exposée en ce moment au Louvre, il s'agit de Rakhsh terrassant le lion qui menaçait Rostam assoupi, page peinte d'un Shah-Name inachevé conservé au, British Museum de Londres (inv. OA 1948.12-11.023).

À partir de 1300, les manuscrits illustrés se multiplient. L'espace, toujours dépourvu de perspective, est découpé en différents plans où les personnages, de taille réduite, figurent comme sur une scène de théâtre. Le style des peintures rappelle encore celui des fresques des palais (fonds rouges, bleus ou jaunes, forme conique des montagnes, traits stylisés des personnages), les peintres commencent à s’affranchir de ces modèles et à réaliser de véritables tableaux dans les livres.

On voit apparaître des scènes sans rapport direct avec le texte. La mise en pages fait l’objet de nombreuses recherches : tout en s’appuyant sur des principes géométriques rigoureux, la composition joue de la dissymétrie qui rompt la monotonie, et le dessin déborde dans les marges.
(un plat de livre représentant une scène de banquet)

Lorsque les cahiers constituant le livre sont terminés, ils sont cousus dans une reliure de cuir qui se présente comme un portefeuille et est presque toujours pourvue d’un rabat triangulaire.

Les plats des livres sont ornés de motifs soigneusement estampés à froid. Ils sont géométriques et végétaux, comme ceux utilisés pour l’enluminure ou en architecture. Le plat peut être entièrement rempli d’un décor géométrique, ou bien comporter une bordure estampée avec un médaillon central de forme circulaire, en amande ou en étoile.

Puis les techniques deviennent plus complexes et le répertoire des motifs s’élargit. Le cuir ajouré connaît une grande vogue en Perse. Des reliures laquées, apparaissent et accompagnent les manuscrits de luxe durant de nombreux siècles. Le décor, réalisé sur carton, parfois sur cuir, représente souvent une scène de chasse ou un banquet.

Voilà tout l'art du livre persan ! et fait en un exemplaire unique !

mardi 6 novembre 2007

Les miniatures du Louvre

(Madjou dans le désert - Madjou est fou de Layla, etc.
c'est le Tristan et Yseult oriental)

Depuis que j'ai visité les deux expositions temporaires du Louvre la semaine dernière, Les chefs d'œuvre de l'Aga Khan Museum et Le chant du monde, l'art des Séfévides, je m'intéresse aux miniatures persanes.

J'ai appris que les thèmes de la miniature persane sont pour la plupart liés à la mythologie persane, à l'histoire des prophètes, à la narration ou à la poésie. L'aspect particulier de la miniature persane réside surtout dans l'imagination créative dont elle propose de découvrir à travers la beauté de la nature et de la perception artistique de celle-ci dans ses chefs d'œuvres qui datent du XIVe au XVIe siècles environ. Ensuite vers 1600-1660 c'est le déclin des manuscrits enluminés et le développement d’un genre spécifique : la page d’album, qui privilégie les silhouettes allongées, avec des têtes petites et arrondies des sujets de riches courtisans, des échansons, mais aussi des paysans ou des derviches, et les thèmes portant principalement sur des scènes d'amour, des portraits et même des copies d'images européennes. Puis un nouveau genre faisant apparaître des fleurs et des oiseaux apparut XVIIIe siècle sonnant le glas de la grande période des miniatures.

La fonction la plus importante de la miniature est sans aucun doute l'illustration (elle donne une image à un texte littéraire, le rendant plus agréable et facile à comprendre). De nombreuses œuvres littéraires ont inspiré les grands artistes de leur temps tel Ferdowsi qui à la fin du Xe siècle, a créé son immense poème épique (plus de 50000 couplets), Shâh Nâmâ (Le Livre des rois), qui, dans, relate par des faits et des légendes, l'histoire du pays depuis la création du monde jusqu'au début du VIIe siècle. Au XIIe siècle, le poète Nizami a créé son romantique et très populaire Khamsa (cinq poèmes) considéré comme un des chefs d'œuvre de la littérature persane, etc, etc.

Les miniatures que je préfère sont celles du XVIe siècle, et plus particulièrement celles du Shâh Nâmâ dit de Shah Tahmasp qui traduisent une habileté rare à créer dans un espace limité, la représentation d'une scène particulière ou d'un paysage; par exemple, le dessin d'un palais, incluant une partie de sa cour, de son jardin et de son intérieur, l'architecture et les paysages sont reproduits aussi complètement que possible et les portraits dans les composition n'étaient plus contraints et statiques mais étaient peints de manière plus vivante et naturelle. Le décor des marges était réalisé de différentes manières : encartées, c’est-à-dire insérées dans un papier différent, sablée d’or, d’après une habitude chinoise, ou encore peinte en couleurs ou à l’or, etc.


(Geyomars, souverain du monde, c'est le folio 20
du Shah-Name de Shah Tahmasp que je préfère le plus,
elle est la propriété de l' Aga Khan Trust for Culture)

Six pages de ce Shâh Nâmâ de Shah Tahmasp (qui comptaient 258 miniatures !) sont exposées dans la salle des chefs d'œuvre de l'Aga Khan Museum, une autre partie est dans l'autre salle de l'art des Séfévides. Un vrai régal pour les yeux et l'imagination. J'ai oublié de me munir d'une loupe, mais j'y compte bien retourner !

vendredi 21 septembre 2007

Léon Hornecker, un artiste méconnu

(Strasbourg, aujourd'hui)

Dans le tome 7 du Benezit qui recense tous les peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, la rubrique consacrée à Léon Hornecker compte seulement huit lignes : né le 13 juin 1864 à Strasbourg (Bas-Rhin), décédé à Paris le 8 janvier 1924, peintre de portraits, élève de Gysis et de L. von Loefftz…on y apprend également que les musées de Mulhouse et de Strasbourg conservent de lui quelques portraits de vieille femme et d'une petite fille ainsi qu'un auto-portrait, c'est tout…

J'ai toujours admiré les artistes anonymes ou restés méconnus. Je lance une recherche sur la toile et je lis que Wikipédia lui a consacré sa biographie où j'apprends que Léon Hornecker était membre du groupe Saint-Léonard à sa création en 1892, lequel groupe réagissait contre la Kultur imposée par les Allemands en Alsace….humm...artiste anonyme et méconnu, et de surcroît rebelle et anticonformiste, j'aime !

Donc je cherche un peu sur lui dans les Archives et j'apprends qu'il avait demandé en 1910 une réintégration dans la qualité de Français qu'il avait perdue (les réintégrations ont concerné essentiellement les Alsaciens-Lorrains entre 1872 et 1918). Enregistré au bureau du sceau du ministère de la Justice le 21 avril 1910, son dossier, se trouve en BB/11/5112, on retrouve sa profession "artiste peintre", il est installé au 71 avenue de Villiers dans le 17e arrondissement de Paris ; divorcé, il a un fils, Adrien, né en mars 1901 (lequel deviendra plus tard un grand peintre et son tableau La plage de Granville sera acheté par l'État en 1929, voir F/21/4909B, dossier 10 et F/21/4221, dossier 73).

Notre Léon Hornecker gagne environ 12000 francs par an sur lequel il paye un loyer de 2200 francs et s'il demande sa réintégration dans la qualité de Français c'est "parce qu'il possède sa clientèle à Paris" et "paraît avoir perdu tout esprit de retour en Alsace-Lorraine" (!) où vit encore sa sœur.

Dans la supplique qu'il adresse au ministre de la Justice le 12 avril 1910, il indique qu'il avait obtenu une mention honorable au grand salon de peinture de 1894 ainsi qu'une médaille de 3e classe en 1903 et qu'il s'engage à payer les droits de sceau et d'enregistrement s'élevant à 175, 25 francs (il s'en acquitte le 11 juin 1912).

Il obtient enfin sa réintégration par décret du 8 juin 1912.

(décret en date du 8 juin 1912 par lequel Léon Hornecker obtient sa réintégration)

Il s'éteint le 8 janvier 1924 à son domicile parisien. D'après Wikipédia, une dernière manifestation (très symbolique) a lieu en son honneur dans la galerie de la Maison d'Art Alsacienne en 1924, et encore aujourd'hui, Léon Hornecker partage le sort des milliers d'artistes méconnus (même en Alsace semble-t-il !).

Pour en savoir plus sur lui, voir l'article sur Wikipédia ainsi qu'un fort joli site à lui consacré intégralement sur http://www.leon-hornecker.com/ qui présente cet artiste peintre assez méconnu ainsi que son œuvre.